Etat des lieux du travail associatif en Tunisie, avant et après Le 14/01/2011
Le
travail associatif selon les règles de l’état de l’art internationalement
accordées était pratiquement inexistant en Tunisie avant le 14/01/2011. C’est
ainsi qu’à part quelques exceptions notoires, le reste des 9000 à 10 000
pseudo-associations recensées avant la révolution tunisienne étaient en fait des
regroupements d’individus portant allégeance au pouvoir politique, fortement noyautées
par le régime déchu afin de s’octroyer
lui-même une légitimité d’apparat face à la communauté internationale et
feindre ainsi l’existence des composantes essentielles d’une société « en
bonne santé » intellectuelle. De même, cela lui permettait d’accéder à un
appel de fonds, dont l’origine et les desseins lui étaient indifférents. Ce
domaine, parmi tant d’autres, n’avait donc pas échappé à l’autocratie et au
despotisme.
Avec
l’avènement de la révolution de la dignité du 14/01/2011, une ascension
fulgurante a caractérisé la vie associative dans un pays assoiffé de liberté et
de solidarité. Loin des slogans du 26-26 (ancien fonds « de
solidarité » institué par le régime déchu pour racketter tout un peuple),
notre pays meurtri avait plutôt besoin d’une réelle entraide et d’une action citoyenne
en profondeur, n’excluant aucune région d’un développement réellement partagé.
Dans
ce cadre, notre première action quasi-instinctive a été la mise en place d’une
association dénommée « Alternatives sans frontières, premiers pas vers l’emploi »
en septembre 2011 pour parer contre le fléau du chômage des diplômés qui a été le
véritable catalyseur de la révolution.
L’association
« Alternatives sans frontières,
premiers pas vers l’emploi » a
promu plusieurs activités dans les régions touchant à l’emploi et à l’économie
sociale et solidaire, dans les divers secteurs.
LA
PROBLEMATIQUE
Force
est de constater cependant, au fil de l’eau, par nos actions ciblées sur le
terrain, que la diversité des problèmes rencontrés, des attentes exprimées, et des
solutions devant être trouvées fait que le nombre d’associations à créer est
appelé à croitre de façon exponentielle, pour satisfaire une demande de plus en
plus croissante et de plus en plus ciblée.
En
tant qu’association dédiée initialement à l’emploi, après une boulimie de
l’action, nous nous sommes résolus à envisager une approche plus rationnelle,
en cherchant les réponses aux questions suivantes :
- Comment favoriser l’émergence (dans toutes les
régions du pays) d’un tissu associatif répondant de manière efficiente aux
attentes des divers acteurs sociaux, après le constat évident que,
pratiquement, chaque problématique porte en elle-même la genèse d’une
association
- Comment professionnaliser et structurer le mode de
fonctionnement et de gouvernance des associations en leur octroyant les outils
et les techniques, la formation et l’encadrement nécessaires pour mieux mobiliser les ressources internes et externes.
Cette action vise également à aider les membres des diverses associations
affiliées à PLATESS, en développant les documents d'orientation selon des
formats communs et harmoniser les diverses procédures.
Des boites à outils à leur usage seront conçues pour soutenir ces associations
dans la mise en œuvre d’une gestion responsable.
- Comment enraciner la culture du travail associatif
dans nos traditions sociétales
- Comment éviter une balkanisation des efforts des
associations, qui lui réduirait et marginaliserait leur impact, pouvant arriver
jusqu’à avoir des effets négatifs, voire antagonistes
- Comment fédérer les associations -en apparence
très différentes, mais complémentaires- pour accroitre leur impact sur la vie
économique et sociale, comment encadrer les effluents de leurs activités pour
une réelle stratégie de développement durable et partagé.
Répondre
à ces questions, conduirait tout naturellement à la nécessité de créer un
organe non gouvernemental investi de tous ces rôles, pour mieux organiser et
piloter le travail associatif dans le domaine de l’économie sociale et
solidaire, qui soulève des problématiques fortement imbriquées.
C’est
pour répondre à tous ces considérations que la « Plateforme Tunisienne
d’économie sociale et solidaire » PLATESS a été fondée en janvier 2012.
OBJECTIFS
GENERAUX DE PLATESS
Les
objectifs généraux (non limitatifs) qui se dégagent des premiers constats sur
le terrain et des premières nécessités et priorités de la vie associative en
Tunisie comprennent, notamment :
- Pour un partage plus équitable des ressources
économiques inter-régions :
pouvant être obtenu au moyen d’une décentralisation
des pouvoirs et des prérogatives socio-économiques, favorisant un développement
régional intégré (tel que voulu par les « enfants de la région »), et
s’illustrant par l’encadrement et l’appui au développement d’une économie plus
« sociale ». Chaque initiative étant tenue par l’obligation de
présenter « in fine » un bilan social, accessible à tous.
- Par une mutualisation des moyens implémentés et
des résultats du développement escompté : allant du partage des moyens de
production, en passant par l’optimisation des sources et des coûts
d’approvisionnement (centrales sociales d’achat) jusqu’à la mise en place
d’espaces de « commerce équitable », et l’intégration de ces derniers
dans le circuit économique classique (par opposition aux marchés occasionnels,
qui existent déjà).
- Favoriser un partenariat social et solidaire avec
les structures de recherche et développement (R&D) dans les milieux universitaire
et entrepreneurial:
Pour tirer profit des retombées immédiates des innovations (pour les
entrepreneurs) et trouver ainsi (pour les structures de recherche) un
« laboratoire à ciel ouvert » pour la mise en application de ces
innovations. Cette action vise à généraliser le bénéfice de telles méthodes à
toutes les régions de la Tunisie. Egalement,
cet objectif s’inscrit dans l’optique de faire le lobbying nécessaire pour
l’allocation par l’état (de façon systématique, annuellement) de ressources
dédiées à la recherche et l’innovation, outre aux encouragements et incitations (fiscales et autres) supplémentaires
pouvant être institués.
- Améliorer & fluidifier la coopération au
niveau institutionnel :
éviter la dispersion des énergies, le chevauchement des responsabilités et
prérogatives, améliorer l’intra-communication et la complémentarité entre les
institutions existantes, labelliser et interfacer les missions des divers
organes étatiques existants, revoir leurs périmètres d’intervention et leurs
cadres réglementaires après avoir dressé le bilan objectif « critique »
de leurs missions selon leur mode de fonctionnement actuel. Ce travail devant
commencer tout d’abord par un diagnostic et une identification des problématiques
et disfonctionnements des structures en question.
- Favoriser la transparence à travers une
commande publique responsable : qui intègre de plus en plus de causes sociales et écologiques et
favorise ainsi des entreprises de l’économie sociale et solidaire (notamment
dans le champ de l’insertion par l’activité économique) au moyen de quotas
obligatoires au profit des Petites et Moyennes Entreprise, des Très Petites
Entreprises et des entreprises engagées dans le social et le durable.
- Mettre en exergue la complémentarité entre l’économie sociale & solidaire et le développement durable : puisque « Le développement durable est un développement qui répond aux besoins du présent sans compromettre la capacité des générations futures à répondre aux leurs
- Mettre en exergue la complémentarité entre l’économie sociale & solidaire et le développement durable : puisque « Le développement durable est un développement qui répond aux besoins du présent sans compromettre la capacité des générations futures à répondre aux leurs
o
D’emblée, pour être durable, le développement doit
concilier trois éléments majeurs (cf. schéma 1):
·
l'équité sociale appuyée par sa dimension
solidaire
·
l'efficacité économique responsable
·
et la préservation de l'environnement pour les
générations futures
- Par essence, un projet de développement durable
s'appuie sur un mode de concertation plus abouti entre la collectivité et ses
membres. La réussite d'une telle politique passe ainsi :
o par le respect d'exigences de transparence et de
participation des citoyens (gouvernance), avec l’association des parties
prenantes pour le développement durable, « 1 personne - 1 voix » pour l’économie
sociale et solidaire.
o
la lutte contre les exclusions, dont le
chômage
- Recherche de filières d’activités liées au
développement durable et à l’économie sociale et solidaire, comme par exemple les
suivantes (sachant qu’en Juin 2012 doit se tenir la Conférence des Nations
Unies pour le développement durable a lieu à Rio de Janeiro RIO+20) :
o
Valorisation de l’héritage culturel et ethnique
o
L’artisanat et le ravivement des anciens métiers
o
commerce équitable,
o
agriculture biologique,
o pêche qui exploite durablement les ressources
halieutiques renouvelables et permet la conservation de la diversité biologique
o
énergies renouvelables,
o
gestion durable de l'eau (biomatique)
o
éco-construction,
o
bio-masse (biogaz par la méthanisation des
fumiers)
o transports doux,
o
La gestion durable des sols
o
DEEE, Déchets d'équipements électriques et
électroniques (en préventif et curatif)
o
La réduction des polluants organiques persistants
(POPs);
o
tourisme solidaire,
o
logiciels libres, etc.
- Contribution à la mise en place de politiques territoriales
responsables :
o
Pour un aménagement du territoire
structurant et doté d’une vision prospective traduisant des politiques
territoriales en faveur des divers intervenants de l’économie sociale et
solidaire
o
pour le développement durable,
o
Et enfin pour une réelle convergence de ces
politiques
- Coopération culturelle
Favoriser
la Coopération culturelle pour un futur commun entre les nations, les
communautés, les régions. PLATESS vise à promouvoir la mise à profit de ce
vecteur exceptionnel de rapprochement qu’est la culture, patrimoine commun de
l’humanité. Cette coopération met en œuvre un savoir-agir pour convertir les
divergences en convergences, tout en sauvegardant et respectant l’empreinte
propre à chaque culture, ses spécificités locales/ethniques/religieuses…
- Appui au tissu associatif
L’appui
au tissu associatif a pour but de mieux faire circuler la culture associative
et de vulgariser les mécanismes de fonctionnement des associations, d’améliorer leur gouvernance. Il aspire également
à apporter des réponses idoines aux besoins de formation et d’encadrement
nécessaires à un fonctionnement « professionnalisé » des
associations. PLATESS vise l’élaboration de documents d'orientation selon des
formats communs et de tool-kit à usage associatif.
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire